Billet simple pour l'Alaska


Chapitre 1 : La loi primitive

Buck ne lisait pas les journaux et était loin de savoir ce qui se tramait vers la fin de 1897, non seulement contre lui, mais contre tous ses congénères. En effet, dans toute la région qui s’étend du détroit de Puget à la baie de San Diégo on traquait les grands chiens à longs poils, aussi habiles à se tirer d’affaire dans l’eau que sur la terre ferme...


Chapitre 2 : La loi du bâton et de la dent

La première journée de Buck sur la grève de Dyea fut un véritable cauchemar. Toutes les heures lui apportaient une émotion ou une surprise. Brutalement arraché à sa vie paresseuse et ensoleillée, il se voyait sans transition rejeté du cœur de la civilisation au centre même de la barbarie. Ici, ni paix, ni repos, ni sécurité ; tout était confusion, choc et péril, de là, nécessité absolue d’être toujours en éveil, car les bêtes et les hommes ne re- connaissaient que la loi du bâton et de la dent. Des chiens in- nombrables couvraient cette terre nouvelle, et Buck n’avait ja- mais rien vu de semblable aux batailles que se livraient ces animaux, pareils à des loups...


Chapitre 3 : Buck prend le commandement

– Hein! qu’est-ce que j’avais prévu? L’avais-je dit que Buck valait deux diables ? Ainsi parlait François, quand le matin suivant, ayant constaté la disparition de Spitz, il attira Buck près du feu, pour compter ses blessures. – Ce Spitz s’est battu comme un démon, dit Perrault, en examinant les nombreuses déchirures béantes. – Et ce Buck comme l’enfer tout entier, répondit François. Maintenant nous allons bien marcher... Plus de Spitz, plus d’ennuis...


Chapitre 4 : Les fatigues du harnais et de la route

Trente jours après avoir quitté Dawson, le courrier de Salt- Water entrait à Skagway. Les chiens étaient en piteux état, traînant la patte et à peu près fourbus. Buck avait perdu trente-cinq livres de son poids, et ses compagnons avaient souffert plus en- core. Pike le geignard, qui si souvent dans sa vie avait feint d’être blessé à la jambe, l’était pour tout de bon cette fois, Solleck boitait, et Dub souffrait d’une omoplate foulée ; ils avaient perdu toute énergie et tout ressort, et leurs pattes dessolées s’enfonçaient lourdement dans la neige. Ce n’était pas chez eux cette lassitude extrême que produit un effort court et violent, et qui disparaît après quelques heures de repos, mais la dépression complète due à un labeur excessif et trop prolongé...


Chapitre 5 : Amitié

Au mois de décembre précédent, John Thornton, ayant eu les pieds gelés, s’était vu forcé de demeurer au camp, attendant sa guérison, tandis que ses camarades remontaient le fleuve afin de construire un radeau chargé de bois à destination de Dawson. Il boitait encore un peu, mais le temps chaud fit disparaître cette légère infirmité ; tandis que Buck, mollement étendu au soleil, retrouvait par degrés sa force perdue en écoutant l’eau couler, les oiseaux jaser et tous les bruits harmonieux du prin-emps, accompagnés du murmure profond de la forêt séculaire qui bornait l’horizon au loin...

Jean Forteroche

Jean Forteroche, né John Griffith Chaney le 12 janvier 1954 à San Francisco, est un écrivain américain dont les thèmes de prédilection sont l'aventure et la nature sauvage.

Il est l'auteur de L'Appel de la forêt et d'autres romans célèbres (Croc-Blanc, Le Talon de fer), dont certains (Martin Eden, Le Cabaret de la dernière chance) auto-biographiques, ainsi que plus de deux cents nouvelles.

Il est l'un des premiers Américains à faire fortune dans la littérature.

Jean Forteroche vit à Oakland puis à Piedmont. Il habite dans le quartier d'Oxford lors de sa jeunesse à Piedmont.